Augmentation du salaire des fonctionnaires : ce que prévoient déjà les syndicats pour 2026

Le point d’indice de la fonction publique est gelé depuis trois ans. La valeur reste fixée à 4,92278 euros bruts mensuels depuis l’arrêté du 25 juillet 2023, et le gouvernement n’a annoncé aucune revalorisation pour 2026. Face à cette situation, plusieurs organisations syndicales ont déjà posé leurs revendications pour l’année à venir, avec des angles de négociation qui dépassent la simple demande de dégel.

Indemnité différentielle : un correctif qui révèle l’ampleur du problème

La hausse du SMIC au 1er juin 2026 a accentué un phénomène que les syndicats dénoncent depuis plusieurs années : le tassement des grilles au bas de l’échelle. Des agents publics se retrouvent avec un traitement indiciaire inférieur au SMIC légal, ce qui est juridiquement impossible.

A lire en complément : Salaire catégorie A fonction territoriale : ce que gagnent vraiment les cadres territoriaux

Pour y remédier, le gouvernement a mis en place une indemnité différentielle. Environ 862 000 agents publics sont concernés, dont 306 000 agents de l’État. Le plafond de cette indemnité atteint 65,28 euros bruts mensuels pour les nouveaux bénéficiaires.

La CGT relève que les cinq premiers échelons du grade C1 et les trois premiers échelons du grade C2 sont passés sous le SMIC au 1er janvier 2026. Le ministre des Comptes publics David Amiel a lui-même reconnu que « le tassement des grilles désespère certains agents qui ne voient plus de progression salariale ».

A lire aussi : Les pièges du CSP pour la retraite : trimestres, points Agirc-Arrco et pertes possibles

Ce dispositif correctif ne satisfait aucune organisation syndicale. Il maintient les agents concernés au niveau du SMIC sans résoudre le problème structurel : un point d’indice déconnecté de l’inflation depuis plus de deux décennies.

Fonctionnaire masculin dans un couloir administratif tenant un tract syndical sur la revalorisation salariale

Point d’indice gelé et SMIC indexé : le décrochage structurel que ciblent les syndicats

L’angle le plus récent des revendications syndicales porte sur une contradiction du système de rémunération publique. Le SMIC bénéficie d’une indexation automatique sur l’inflation. Le point d’indice, lui, dépend d’une décision politique. Cette asymétrie crée un décrochage mécanique.

Selon la CGT, si le point d’indice avait suivi l’inflation depuis 2000, il ne serait pas à 4,92 euros mais à 6,50 euros. La perte de pouvoir d’achat cumulée atteindrait 28,6 % sur cette période. Solidaires Finances Publiques rappelle de son côté que les salaires nets moyens dans la fonction publique n’ont progressé que de 0,1 % entre 2009 et 2022, inflation déduite.

Pour la fonction publique d’État, le bilan est encore plus dégradé : le salaire réel y a reculé de 1,8 % sur la même période. Les syndicats en tirent un argument de fond : la fonction publique est devenue l’une des rares grandes sphères de rémunération non indexée en France.

Ce que la CFDT et la CGT mettent sur la table pour 2026

Les revendications ne se limitent pas à un simple dégel du point d’indice. La CFDT-UFETAM a produit une note sur le « décrochage salarial » lié aux revalorisations du SMIC, qui sert de base à ses demandes de négociation. La CGT État réclame des réponses concrètes sur la refonte des grilles, pas seulement un rattrapage ponctuel.

Plusieurs axes se dégagent des positions syndicales :

  • Un dégel du point d’indice avec une revalorisation significative, et non un geste symbolique comparable aux hausses de 2022-2023 jugées insuffisantes
  • Une refonte des grilles indiciaires de catégorie C pour restaurer un écart lisible entre échelons, aujourd’hui comprimés par les rattrapages successifs du SMIC
  • L’ouverture d’une vraie négociation salariale pluriannuelle, sur le modèle de ce qui existe dans certains pays européens voisins
  • La réduction des écarts de rémunération entre fonctionnaires titulaires et contractuels, ces derniers percevant en moyenne des salaires nettement inférieurs

Négociation salariale dans la fonction publique : pourquoi 2026 concentre les tensions

Le contexte budgétaire rend la situation particulièrement tendue. Le gouvernement affiche des objectifs d’économie sur la dépense publique. Les syndicats, eux, considèrent que les agents publics ont déjà absorbé l’essentiel de l’effort par le gel prolongé de leur rémunération.

Solidaires Fonction Publique résume cette position dans un communiqué sans ambiguïté : « Pas d’économies sur nos vies. » L’organisation rappelle que les salaires dans le secteur public sont en moyenne inférieurs de 3,7 % à ceux du secteur privé selon l’INSEE, soit un écart d’environ 200 euros mensuels.

Groupe de fonctionnaires devant un bâtiment administratif français lors d'une mobilisation syndicale pour les salaires

La question des inégalités internes

Au-delà du niveau global, les syndicats pointent des disparités internes qui compliquent toute réforme uniforme. Les écarts entre titulaires et contractuels restent marqués. Les inégalités salariales entre femmes et hommes persistent dans les trois versants de la fonction publique.

Le tassement des grilles produit un autre effet : un agent qui change de grade ne voit parfois quasiment aucune différence sur sa fiche de paie. La progression de carrière perd son rôle de levier de motivation, ce qui alimente les difficultés de recrutement et de fidélisation, notamment dans les métiers en tension de la fonction publique territoriale et hospitalière.

Revalorisation pluriannuelle : la piste européenne que poussent les syndicats

Plusieurs organisations syndicales s’appuient désormais sur des comparaisons internationales pour étayer leurs revendications. Dans certains pays européens, des accords de revalorisation pluriannuelle encadrent l’évolution des salaires des fonctionnaires sur plusieurs exercices budgétaires.

Ce modèle intéresse les syndicats français pour une raison précise : il offre de la visibilité aux agents et limite les effets du gel ponctuel décidé chaque année dans le cadre du budget. Passer d’une logique de gel annuel à un accord pluriannuel changerait la dynamique de négociation.

Les données disponibles ne permettent pas de savoir si le gouvernement est prêt à s’engager sur cette voie. Le ministre a ouvert la porte à des discussions sur les grilles, mais sans calendrier ni cadre de négociation formalisé. Les syndicats, de leur côté, ont déjà structuré leurs demandes et attendent une convocation aux négociations salariales qui, pour l’instant, n’a pas été annoncée.

La rentrée sociale de septembre 2026 s’annonce comme le moment de vérité. Si aucune ouverture n’intervient d’ici là sur le point d’indice ou sur les grilles, les organisations syndicales ont laissé entendre que des mobilisations intersyndicales seraient envisagées. Le sujet ne se limite plus à un ajustement technique : il interroge la capacité de la fonction publique à rester attractive face au secteur privé.