Leroy Merlin est né d’un mariage. Le 28 janvier 1924, Adolphe Leroy épouse Rose Merlin dans le Pas-de-Calais. Ce couple ne se contente pas de fonder une famille : il lance un commerce de surplus militaires et de matériaux de récupération qui deviendra le premier groupe français de l’amélioration de l’habitat.
Comprendre l’origine de Leroy Merlin, c’est suivre une trajectoire où chaque tournant – un rachat familial, un virage numérique, une polémique géopolitique – a redessiné l’enseigne. Voici les dates qui comptent vraiment.
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Du Stock Américain au nom Leroy Merlin : la bascule commerciale des années 1960
Avant de s’appeler Leroy Merlin, l’entreprise portait un nom bien moins glamour : le Stock Américain. Adolphe Leroy père avait commencé par revendre des bâches, de la vaisselle et du bois de charpente issus des surplus de la Première Guerre mondiale.
Rose et Adolphe ont progressivement élargi l’offre vers les fins de séries de fenêtres, la quincaillerie, puis tout ce qui touche à l’aménagement du logement. Le couple a créé 33 magasins de bricolage avant de passer la main.
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Le vrai changement de dimension est venu avec l’adoption du nom « Leroy Merlin » dans les années 1960. Ce n’est pas un détail marketing : en associant les deux patronymes, l’enseigne a posé une identité de marque reconnaissable à l’échelle nationale, à une époque où le bricolage restait un marché très local et fragmenté.
Reprise par la famille Mulliez : le tournant stratégique des années 1980

Pourquoi les années 1980 changent-elles tout ? Parce que c’est à ce moment que Leroy Merlin entre dans le giron de la famille Mulliez, propriétaire d’Auchan et de dizaines d’autres enseignes. Cette acquisition n’est pas un simple changement d’actionnaire.
La famille Mulliez apporte trois choses que les fondateurs n’avaient pas à cette échelle :
- Une capacité d’investissement permettant d’ouvrir des grandes surfaces spécialisées sur tout le territoire, bien au-delà du Pas-de-Calais d’origine
- Un savoir-faire logistique éprouvé dans la grande distribution, avec des centrales d’achat capables de négocier des volumes considérables
- Une culture du management participatif et de l’actionnariat salarié, devenue une marque de fabrique du groupe
L’enseigne passe alors d’un réseau régional à un acteur national. Elle intègre ensuite le groupe ADEO, structure qui chapeaute aujourd’hui l’ensemble des enseignes d’habitat du groupe Mulliez à l’international.
Expansion internationale et naissance du groupe ADEO
L’internationalisation de Leroy Merlin ne s’est pas faite en une fois. L’enseigne a d’abord consolidé sa position en France avant de s’implanter progressivement en Europe du Sud, en Europe de l’Est, puis en Amérique du Sud et en Afrique.
Le groupe ADEO coordonne aujourd’hui l’ensemble de ces implantations. Ce n’est pas un simple holding financier : ADEO mutualise les achats, les innovations produit et les outils numériques entre toutes ses enseignes. Leroy Merlin en est la marque phare, mais ADEO comprend aussi d’autres formats adaptés à chaque marché local.
Cette structuration a permis à Leroy Merlin de devenir un acteur de référence bien au-delà de la France, tout en conservant une gestion relativement décentralisée, pays par pays.
Crise sanitaire et croissance inattendue : le bricolage change de statut
La pandémie de 2020 a provoqué un effet que peu anticipaient dans la distribution. Les Français, confinés chez eux, se sont massivement tournés vers l’amélioration de leur logement. Leroy Merlin a enregistré une croissance significative en 2020, puis une hausse de 11,6 % en 2021 suivie de 12,7 % en 2022.

Ce n’est pas juste un pic conjoncturel. Ces chiffres ont rapproché le chiffre d’affaires de l’enseigne de la barre des 9 milliards d’euros, creusant l’écart avec ses concurrents directs, aussi bien en magasin que sur le web.
Le bricolage est passé d’un loisir de week-end à une préoccupation structurelle pour les ménages. Leroy Merlin a capté cette bascule mieux que les autres, notamment grâce à un site e-commerce déjà solide avant la crise.
Leroy Merlin en 2025-2026 : micro-formats, réparation et intelligence artificielle
L’enseigne qui a grandi avec des grandes surfaces de périphérie est en train de changer de peau. Plusieurs évolutions récentes dessinent un Leroy Merlin très différent de celui des décennies précédentes.
Fermeture de grands magasins parisiens, ouverture de boutiques de proximité
En 2026, Leroy Merlin ferme ses grands magasins parisiens pour ouvrir de nouvelles boutiques plus petites en zone urbaine. Ce virage vers le micro-format de proximité rompt avec le modèle historique de la grande surface accessible en voiture. L’enseigne s’adapte aux contraintes de la ville dense : loyers, logistique du dernier kilomètre, habitudes d’achat différentes.
Partenariat avec Covéa pour la réparation
Leroy Merlin s’est associé au groupe Covéa (MAAF, MMA, GMF) pour développer la réparation. La réparation devient un axe stratégique à part entière, signe que l’enseigne ne veut plus seulement vendre du neuf. Ce partenariat marque un déplacement vers un modèle plus circulaire, en phase avec les attentes réglementaires et sociétales sur la durabilité.
Formation des vendeurs par l’intelligence artificielle
L’enseigne forme désormais ses équipes de vente grâce à l’IA. Ce n’est pas un gadget : dans un secteur où le conseil technique fait la différence entre un achat réussi et un retour produit, l’IA appliquée à la formation améliore la qualité du conseil en magasin. Pour une enseigne née de la vente de surplus militaires, le chemin parcouru est considérable.
La question russe, point de rupture réputationnel
Leroy Merlin a longtemps maintenu ses activités en Russie après 2022, ce qui lui a valu de vives critiques d’ONG et de consommateurs. L’enseigne a finalement annoncé un transfert de propriété au management local. Ce dossier reste un marqueur dans l’histoire récente du groupe, car il a mis en tension la logique économique et la pression sociétale.
De la bâche de surplus vendue dans le Pas-de-Calais aux boutiques urbaines pilotées par l’IA, Leroy Merlin a traversé un siècle en changeant de modèle à chaque décennie. La prochaine étape se joue sur la capacité de l’enseigne à rester pertinente dans un marché du logement en mutation, où réparer compte autant que rénover.

